La vision de la médecine chinoise sur les cures détox

C’est le printemps, et malgré le confinement on voit quand même que les jours rallongent, on entend les oiseaux chanter, on voit les arbres verdir… et les cures “détox” en tout genre pulluler ! Car le printemps semble être la saison du grand ménage, celui de la maison ou de ses viscères 😉.

Quel est l’avis de la médecine chinoise ?

Posez-vous d’abord la question : pourquoi souhaitez-vous faire une cure détox ? Quels sont les bénéfices que vous pensez en tirer ? On me parle souvent de fatigue, difficultés digestives, sentiment de lourdeur, peau terne, mauvaise humeur, mauvais sommeil, etc. On associe cela à un foie encrassé ou des reins qui filtrent mal ou… et on se lance dans un drainage du foie, une cure de jus de citron, d’artichaut… Ces cures peuvent donner des résultats spectaculaires, mais souvent de courte durée, surtout si l’on ne change pas son rythme de vie et ses habitudes alimentaires. Et si elles ne correspondent pas aux besoins de la personne qui les utilise, elles peuvent même être néfastes sur le long terme. Car qu’on le veuille ou non, une cure détox, toute naturelle soit elle, est un acte thérapeutique. Naturel n’est pas synonyme d’inoffensif, ainsi un bilan personnalisé de vos besoins, un diagnostic, est LA première garantie de l’efficacité du traitement.

 

Selon la médecine chinoise, la bonne santé repose sur l’équilibre dynamique et harmonieux de TOUTES nos fonctions organiques. Ainsi, le praticien en médecine chinoise ne cible pas un organe pour le “drainer”, le “purifier”. Il travaille plutôt à remettre en route l’ensemble des fonctions organiques et énergétiques du corps afin que les déchets s’évacuent naturellement (si déchets il y a). On équilibre et tonifie le terrain, sans cibler un organe en particulier. Le praticien en médecine chinoise traite le corps avec une grande subtilité, il a conscience de s’adresser à un équilibre dynamique fragile, duquel dépend le bon fonctionnement de notre corps et de notre esprit. Il cherche donc à éviter à tout prix les chocs dont on ne se remet que lentement et parfois difficilement.

Ainsi, en médecine chinoise, nous allons chercher à relancer ou à tempérer ces dynamismes afin de retrouver un équilibre et ce, de manière subtile et personnalisée.

Alors que faire ?

Pour pouvoir se “détoxiquer” correctement, l’organisme doit d’abord posséder la vitalité suffisante ! Certains ont tendance à considérer cela comme acquis, mais c’est pourtant loin de l’être. Car expulser ces “toxines” hors de l’organisme demande une grande dépense d’énergie. Mais surtout, pour éviter qu’elles ne reviennent, il faut en douceur réguler toutes les fonctions organiques, afin que boissons et aliments (ainsi que les émotions) soient assimilés le mieux possible, et que les déchets métaboliques soient correctement éliminés. Ainsi vous l’aurez compris, il n’y a pas de solution miracle et express, retrouver un équilibre demande du temps et d’être à l’écoute de soi pour identifier ce qui convient à chacun.

En cabinet, je pourrais vous proposer, en complément de mesures diététiques, diverses techniques de soin pour aider le corps à éliminer les énergies “perverses” (c’est le terme officiel pour “toxines” en médecine chinoise) et relancer les bons dynamismes : gua sha, ventouses, protocole de tuina spécifique à la saison… Mais confinement oblige, voici quelques pistes que vous pouvez expérimenter chez vous.

Dans un 1er temps, on chouchoute sa Rate* (pivot de la digestion selon la vision chinoise) et cela passe par une alimentation légère et facile à digérer, d’aliments toujours cuits et consommés le plus possible chauds. Car votre bol alimentaire a besoin d’être tiédit pour être digéré, et si les aliments arrivent froid, votre corps va fournir une énergie supplémentaire pour les réchauffer… au détriment de votre tonus global – qui n’a jamais connu le petit coup de barre post-repas ? Cela passe aussi par sortir de table avec l’estomac un peu vide, pour laisser de la place à la fermentation digestive sans ballonnements. Et enfin, ne plus boire d’eau froide pendant le repas, mais terminer son repas par une boisson tiède, afin de ne pas éteindre le feu digestif. Je ne vais pas évoquer cela en détail mais évidemment, pas de grignotage (que ce soit d’aliments ou de boissons, même l’eau) ; et on mange à heure fixe. Une collation le matin et/ou l’après midi n’est pas considérée comme du grignotage, dès lors qu’elle est limité en temps (pas d’aller-retour toutes les 5 min dans vos placards !).

En plus spécifique pour la saison, sachez qu’en médecine traditionnelle chinoise, le printemps est la saison associée au Foie*. Et si l’on veut être en bonne santé, avoir un organisme non “encrassé”, il est indispensable d’accorder son alimentation et son mode de vie aux énergies de chaque saison. Très schématiquement, le Foie, selon la vision chinoise, est le grand “ventilateur” de l’énergie de notre corps, c’est de lui qu’est garant la bonne circulation de l’énergie dans l’organisme. Et si on désire que la montée printanière de l’énergie du Foie s’effectue dans l’harmonie, la légèreté et l’efficacité, il faut que l’énergie du Foie puisse circuler de manière fluide. Voici donc quelques conseils pour cette saison, alimentaires et autres, qui aideront votre corps à s’équilibrer avec la saison :

    • Le Foie n’aime pas la contrainte, la frustration. Pas facile en cette période de confinement, je vous l’accorde ! Mais la détox du cœur et de l’esprit est presque plus importante que celle du corps. Profitons de cette période particulière pour travailler sur nous-même,, essayons de remplacer rigidité et jugement par souplesse et bienveillance. Cela s’appelle “corriger son cœur” et c’est un des axes majeurs de l’hygiène de vie selon la médecine chinoise. Car les émotions sont la principale source des déséquilibres de notre corps. Comment faire? Vous pouvez par exemple avoir tous les soirs une pensée de gratitude pour cette journée passée. Puis réaliser un petit bilan de vos pensées et émotions du jour, et identifier ce que vous souhaitez assouplir. Petit à petit vous serez de plus en plus conscient de ce que vous ressentez au moment où vous ressentez l’émotion.

    • On peut aussi faire un peu d’exercice matinal : le mouvement draine le Foie. Le matin tôt est le moment idéal. A défaut de pouvoir marcher pour vous rendre au travail, vous pouvez pratiquer quelques étirements, mouvements de qi gong, yoga ou toute autre gymnastique douce avant le petit déjeuner. Cela permet aussi de détendre son corps et ses articulations afin de favoriser le passage des énergies retenues depuis l’hiver dans l’appareil ostéo-ligamentaire. On évite d’entreprendre de gros efforts musculaires sans un échauffement préalable et une progressivité dans la mise en tension.

    • On se couche tôt et on se lève tôt pour rester en phase avec l’énergie de la saison et nourrir correctement le Foie. Pas d’écran jusqu’à minuit, ni de grasse mat’ tous les jours !

    • Si votre lieu de confinement propose un extérieur, on reste couvert pour se protéger du vent bien présent en cette saison. L’adage “en avril ne te découvre pas d’un fil” est tout à fait d’actualité.

L’alimentation aura pour objectif d’accompagner le mouvement de montée et de sortie de l’énergie hibernante, en évitant que ce mouvement ne devienne excessif, ainsi que de favoriser la libre circulation du Foie et toujours de protéger la Rate. Plus concrètement:

    • On éviter de trop manger, cela affaiblit la Rate et concentre l’énergie stagnante à l’intérieur. Or qui dit stagnation dit accumulation possible de déchets métaboliques.

    • On favorise une alimentation légère et de saison : jeunes pousses, légumes nouveaux, viandes jeunes, poissons, un peu de laitage fermenté type yaourt si beaucoup de vent (et si bien toléré).

    • On privilégie 2 à 3 fois par semaine le mode de cuisson sauté à l’huile, dans un wok par exemple : ainsi les légumes sont saisis et croquant en surface, quasi cru à l’intérieur (le dynamisme initié par la cuisson sauté est suffisant pour que les aliments soient correctement assimilés, même si encore un peu crus). Sauté à l’huile ne veut pas dire frit donc on modère la quantité d’huile, et on utilise une huile de bonne qualité.

    • Quelle saveur consommer ? La saveur est une notion propre à la médecine chinoise. Ce concept est subtil car la saveur attribuée par la médecine chinoise ne correspond pas systématiquement au goût perçu en bouche. Selon la théorie de Cinq Mouvements, chacune des saveurs correspond à une énergie, à un mouvement, et est associée à un organe sur lequel elle agit plus spécifiquement. Mais le raisonnement est plus complexe qu’il n’y parait et il ne suffit pas par exemple d’utiliser un aliment de nature acide (la saveur du Foie) pour harmoniser les fonctions du Foie. Comme pour le reste de la médecine chinoise, l’association des saveurs est un équilibre subtil et fragile et nécessite de bonnes connaissances en diététique chinoise. Voici les conseils pour la saison:

      • La saveur acide est associé au printemps et au Foie mais attention : cette saveur est astringente c’est-à-dire qu’elle retient l’énergie, la bloque à l’interne, et elle va donc à l’inverse du mouvement de la saison qui est l’extériorisation de l’énergie concentrée pendant l’hiver. On en a besoin en petite quantité pour nourrir le Foie mais sans excès. Exemple : citron, tomate, fraise, orange…

      • On peut en revanche utiliser (là encore en petite quantité, tout est question d’équilibre) la saveur piquante qui va favoriser la mobilisation de l’énergie et le mouvement d’extériorisation. Exemple: poivre, piment, radis, navet cru…

      • Et enfin la saveur douce, saveur de la rate qui est LA saveur de nutrition et de tonification par excellence et que donc on peut consommer sans excès à tous les repas (et en toute saison). C’est la saveur des céréales cuites sans ajout de sucre. Elle tonifie l’énergie, relâche l’énergie bloquée. Exemple : riz, lentilles, datte, amande…

Pour conclure

N’oubliez pas que pour qu’un changement de mode de vie soit pérenne, s’installe durablement, la douceur et la patience sont vos meilleurs alliés. Commencez par changer une petite chose sur quelques jours/semaines (par exemple la suppression de l’eau pendant les repas), puis une autre… et vous serez stupéfait des résultats dans quelques mois.

Expérimenter, faites des essais et soyez à l’écoute de vos sensations corporelles et de vos émotions. La médecine chinoise est à l’image de votre corps: subtile et en perpétuel changement. La bonne santé est un équilibre dynamique qui évolue au gré des saisons mais aussi de vos humeurs et de votre vitalité du moment.

 

* La vision des organes en médecine chinoise est différente de la vision occidentale. Elle englobe un ensemble de fonctions énergétiques et psychiques. Ainsi quand je parle des organes “chinois”, je met donc une majuscule pour différencier de l’organe physique seul.

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